La motivation c'est la première qualité !
- tanzeymike
- 23 mars 2022
- 10 min de lecture
Dernière mise à jour : 19 avr. 2022
Mike Tanzey : Bonjour, merci d’avoir accepté de me rencontrer, est-ce que vous pouvez vous présenter brièvement, retracer un peu votre parcours scolaire et professionnel ?
François Pinet : Bonjour, je suis François Pinet. Je suis journaliste, avant tout, avant d’être journaliste sportif. Je le suis depuis presque quinze ans maintenant. J’ai eu un parcours assez classique, même si je ne me suis pas dirigé tout de suite vers le journalisme. J’ai d’abord fait une licence d’histoire, en passant par Sciences-PO Aix-en-Provence et avec cette licence j’ai pu accéder à une école de journalisme qui s’appelle l’ESJ, dans le treizième arrondissement. Comme dans toute école de journalisme, il fallait faire des stages. Durant ma troisième année, j’ai pu faire un stage à I-Télé, chaine d’information désormais appelée «C-News ». La chaine se lançait sur la TNT à l’époque, il y avait donc une ouverture pour tous les étudiants en journalisme. La chaine existait déjà, appartenait déjà à Canal+ mais qui n’émettait pas en clair. Ce changement a fait qu’ils ont eu besoin de recruter. J’ai d’abord fait six mois de stage puis quelques piges à l’édition. L’édition c’est la préparation des journaux, des émissions et faire des sujets également. Et puis comme moi j’ai toujours aimé le sport et qu’ils avaient besoin de journalistes pour faire des sujets, le week-end notamment, j’ai commencé à proposer mes services. C’est donc comme cela que je suis devenu journaliste sportif chez eux. J’ai quitté I-Télé en 2016, à la suite de la grève parce que je voulais changer d’air et voir autre chose. Depuis octobre 2017, je suis chez RMC. Étant donné que la radio est dans le même groupe que BFM, je fais parfois de la télé sur BFMTV, lors des évènements sportifs importants ou alors de la radio, des émissions de radio ou bien de la rédaction en chef pour RMC.
MT : Comment vous décrieriez le métier de journaliste, quelles sont les qualités nécessaires pour être un bon journaliste ?
FP : Alors déjà la motivation ! C’est la première qualité. Il faut se battre pour devenir journaliste parce qu’il y a beaucoup de jeunes comme toi, beaucoup d’écoles, moi-même je donne des cours dans des écoles donc je croise énormément d’étudiants qui ont envie de faire ce métier parce que c’est vrai que c’est un métier qui attire. C’est un métier de passion. Mais c’est vrai que c’est un métier difficile parce qu’aujourd’hui particulièrement, nous sommes dans une ère où l’on cherche à faire des économies un petit peu partout. Le journalisme n’y échappe pas, on essaie de faire avec moins de monde, pas mal de choses. Donc il faut être très motivé, c’est déjà une première chose pour aller jusqu’au bout. Si c’est sa passion, il n’y a pas de raison que l’on n’y arrive pas mais il faut vraiment s'en donner les moyens. Donc cela veut dire parfois ne pas réfléchir aux horaires, avoir envie de travailler le week-end, parfois le soir, parfois même des horaires décalés. La deuxième qualité selon moi, c’est la curiosité. Être ouvert à tout, avoir envie de s’intéresser à tout. Pas seulement au sport quand on est journaliste sportif par exemple, mais vraiment à tous les domaines. Alors oui, on ne peut pas être intéressé par tout mais en tout cas quand il y a un sujet qui nous plait, il ne faut pas hésiter à lire, à se renseigner, se documenter et cela aide beaucoup. Ensuite je pense que la curiosité est quelque chose qui suivra le journaliste tout au long de sa carrière. S’il est curieux, pour n’importe quel sujet, il apprendra des choses. Quand il fera des interviews, il sera justement curieux de savoir ce que l’autre va lui donner etc. Pour finir, je pense qu’il faut rester soi-même. Ne pas essayer de copier les uns et les autres. Il y a des gens qui peuvent être des modèles, ça c’est sûr mais je pense qu’il faut rester soi-même. Je pense que le naturel est ce qu’il y a de plus important, dans tous les médias, y compris en presse écrite. Si on est naturels avec l’intervenant, cela passe bien. Si on est à la télé ou à la radio comme on est dans la vraie vie, je pense que le public le ressent et je vois cela comme une qualité.
MT : Au début de votre réponse, vous avez parlé du nombre important de candidats, comment avez-vous géré et comment gérez-vous au quotidien, cette notion de « beaucoup d’appelés pour peu d’élus »
FP : Moi ce que je disais avant c’est que j’ai eu la chance de tomber au bon moment. C’est à dire qu’il y avait des chaines qui se créaient, BFM entre autres. Moi je suis vraiment de la génération chaine d’infos, la télévision qui s’ouvre sur la TNT. J’ai eu cette chance-là, je ne m’en cache pas. C’est vrai que c’est une chance, d’avoir des chaines qui donnaient un peu de travail, qui faisaient appel à des jeunes en écoles. C’est moins le cas aujourd’hui, on est plus, actuellement, dans des logiques de réductions des coûts, où c’est difficile d’accéder aux « Grands médias ». En revanche, la chance que tu as, que vous avez peut-être c’est que tu as aujourd’hui quand même internet qui a ouvert énormément de perspective qui permet de rester soi-même si on est sérieux, de pouvoir donner son avis, créer son propre média, sur Twitch ou plein d’autres plateformes. Tout cela permet, déjà, de se faire la main et les meilleurs, pourquoi pas, se feront connaître. Cela peut permettre d’avoir un petit CV, ce qui n’était pas le cas à mon époque où c’est vrai que c’était beaucoup plus fermé. Il y avait que quelques personnes qui commençaient à faire des sites et se spécialiser dans le journalisme web, mais ça n’était pas du tout comme aujourd’hui. Maintenant, c’est sûr que c’est très concurrentiel. Ce qui veut dire, lorsque c’est très concurrentiel, que l’on va choisir, en tout cas lorsque l’on est à la tête d’une rédaction, l’étudiant/le journaliste en devenir qui a déjà intégré dans l’esprit qu’il était déjà journaliste. Donc qui a déjà des réflexes, lire la presse le matin, être force de proposition, avoir des idées, avoir des convictions aussi … Ne pas venir sans avoir d’idée, sans rien, ne pas se laisser porter mais plutôt être porteur d’idées. Ça c’est la première chose. Mais évidemment la motivation qui va transparaitre tout de suite. On peut voir directement la différence entre quelqu’un qui va dire « Ok je suis jeune. J’accepte de faire des horaires un peu de m*rde, de venir toute la semaine jusqu’à minuit. Mais je sais qu’il faut en passer par là » et ceux qui se disent « Non ces horaires-là c’est trop pour moi ». Ceux-là je pense qu’ils s’en sortiront autrement mais dans le journalisme ce sera compliqué. Parce que cela reste un métier dur. Oui, nous sommes au contact parfois de gens importants. Moi-même je suis au contact d’anciennes stars du foot et je vis un rêve comme pas mal d’entre vous je pense espèrent le vivre. Mais derrière tout cela, il y a cette difficulté qu’il ne faut pas occulter, il faut en avoir conscience. Après si on en a envie, si on a la motivation et des idées, il n’y a pas de raisons de ne pas y arriver.
MT : Vous parliez de création de médias, de nouvelles plateformes, de quel œil voyez-vous cela ?
FP : Je pense que l’on n’a pas le choix. Je pense que nous sommes obligés de vivre avec cela. Je comprends les professionnels qui s’inquiètent parce qu’en effet, il peut y avoir quelque chose d’inquiétant lorsque ces plateformes se développent. C’est d’autant plus visible avec les fakes news. Les fakes news ce sont des choses qui n’existaient que très peu avant. Cela existait mais il y en avait très peu, c’était vraiment souterrain et moins visible. Aujourd’hui, il y a énormément de gens qui s’informent uniquement par internet. Quand c’est le cas, on peut tomber sur des sources de qualité, des choses officielles mais on peut aussi tomber, très souvent, sur des choses qui ne sont pas vérifiées ou alors des sources qui n’existent pas. On peut le constater dans l’arc covid et la vaccination où tout le monde dit un peu ce qu’il veut sur la toile, que ce soit Twitter, Facebook ou autre. Il y a des gens qui écoutent cela, des gens qui n’ont pas le recul nécessaire pour se demander si cela a été vérifié, qui est cette personne qui parle, est-ce que je peux l’écouter, est-ce qu’elle a des références … Cela devient un peu problématique parce que ces médias, ces nouveaux médias, ces plateformes internet prennent parfois le pas sur les médias traditionnel. Le danger qui se présente, pour nous qui travaillons dans les médias traditionnels, c’est que ces médias-là ne fassent plus leur travail. C’est à dire qu’il n’y ait plus un travail de vérification et prennent presque pour argent comptant ces informations-là. Au point de mettre à l’antenne des gens qu’il ne faudrait peut-être pas mettre, sans vérification … J’ai pour ma part, vu des gens passer, sur des télés nationales, des témoignages qui n’ont pas été vérifiés. Le témoignage est très bien, il faut faire parler les gens, faire parler tout le monde. Cependant il faut vérifier avant. Nous à RMC, lorsque le public appelle, il tombe sur une personne au standard. Cette personne a un rôle super important parce qu’elle est chargée d’écouter ce qu’a à dire l’auditeur pour éviter que nous fassions passer n’importe qui, n’importe quoi à l’antenne.
Parfois j’ai l’impression que les médias traditionnels oublient un peu ce filtre, ils voient un témoignage qui « fait le buzz » sur twitter et vont inviter cette personne sur leur plateau sans avoir faire l’effort de vérifier avant si l’histoire est vraie par exemple. Donc oui, cela est vraiment dangereux, c’est clair. Cette diffusion de (potentielles) fakes news mais maintenant personnellement je trouve l’outil formidable et je n’ai pas envie de dire qu’il faille opposer les deux types de médias. Moi-même je m’en sers. Je m’informe parfois par Twitter. Mes sources sont des professionnels donc je sais où trouver ma source. Il y a la possibilité de découvrir des gens aussi, des gens qui ne sont pas passés par des écoles de journalismes donc qui n’ont pas forcément cette formation mais qui proposent des contenus super intéressants sur les réseaux sociaux. Si c’est intéressant, constructif et qu’on y apprend des choses, je trouve que ces gens-là ont tout autant le droit de parler que les autres. Je ne suis pas du tout en opposition mais je dis attention.
MT : Est-ce que la gratuité de l’information a un lien avec cette émergence de fake news ?
FP : Aujourd’hui, les gens ne veulent plus payer et malheureusement, c’est difficile de faire comprendre aux gens que pour avoir de la qualité, il faut donner de l’argent, parce qu’il y a un travail derrière qui se paie. De la même façon que si comme lorsque tu prends un avion, si tu prends une compagnie low-cost, tu auras sûrement plus de problèmes que sur Air-France. Les gens ne veulent plus payer mais veulent un service de qualité. La gratuité renvoie une mauvaise image aux gens. Les gens se disent « comme tout est gratuit et que je peux m’informer gratuitement, pourquoi j’ira payer pour tel ou tel média ? » Il est difficile de leur expliquer que comme c’est payant, à côté il y a des choses gratuites, c’est un peu plus qualitatif. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas de secret, pour fonctionner il y a que deux solutions : soit il y a un abonnement pour pouvoir payer les gens, soit il y a de la publicité. Il existe une troisième facette ou c’est l’État qui prend en charge mais c’est très rare. France Télévisions est dans ce cas et fonctionne avec la redevance audiovisuelle. Il faut que les gens comprennent que pour avoir de la qualité, ils sont obligés de payer. Il y a des choses gratuites qui sont très intéressantes mais cela doit être pour moi une porte d’entrée. Dans la mesure où, le gratuit est disponible et intéressant et dans le but d’avoir les détails et ce même contenu de façon plus poussée, je vais payer. Le « tout gratuit » crée des problèmes, effectivement.
MT : Est-ce que le sport peut avancer sans les médias ?
FP : Dans le sport, il y a deux choses, le sport et les sportifs. Je pense que le sport en lui-même ne peut pas avancer sans les médias. D’ailleurs, nous avons pu le voir avec la crise Médiapro, les clubs de football français sont dépendants des diffuseurs et donc des médias. Pour moi, le sport et les médias vont ensemble. Le sport est surement l’une des dernières choses, avec évidemment les grands évènements, inattendus tels que les attentats ou drames météorologiques, où il existe une demande très très forte. Le sport, c’est le média en direct. L’évènement sportif, le match ... sont obligés d’être accolés à un média étant donné que les gens veulent suivre cela en direct. Selon moi, le sport c’est le seul programme que tu dois absolument suivre en direct. Je suppose que tu n’as pas envie de regarder un match en différé quand tu connais le score. Il s’agit de la même chose lors des soirées électorales, des évènements type 11 septembre etc.
En revanche, les sportifs ne sont, pour moi, pas obligés d’être reliés à des médias. Parce qu’ils font leur propre média. Aujourd’hui un grand sportif a son compte Twitter, Instagram etc donc il n’a plus besoin de média.
MT : Précédemment vous parliez d’influence, qui est le journaliste qui a le plus d’influence sur vous ?
FP : Je suis de l’époque Thierry Roland et Jean-Michel Larqué mais malgré cela pour moi, c’était déjà un binôme dépassé. Alors j’imagine que pour toi cela doit être vraiment très vieux … rires
Ce binôme-là n’était pas du tout ce que je voulais, pourtant je côtoie Jean-Michel, j’ai fais des émissions avec lui, j’adore ce qu’il fait. Le ton qu’il emploie sur RMC, j’aime vraiment beaucoup mais quand je l’écoutais aux commentaires je le trouvais dur avec les joueurs et pas forcément précis. Mes premiers matches, c’était fin des années 80 donc j’ai vu l’émergence de Canal. J’avais Canal à la maison, donc le foot sur Canal m’a marqué avec notamment Thierry Gilardi, Grégoire Margotton. J’ai suivi la Coupe du Monde 1998 sur Canal et non pas sur TF1, commenté par Thierry Gilardi et c’était absolument génial.
Ce monsieur est un exemple. C’était un journaliste hyper pro, avec une voix incroyable. Canal étaient les premiers à diffuser des matches à l’étranger, des matches européens, cela m’a permis aussi de m’ouvrir l’esprit. L’émission Jour de foot pour la Ligue 1, suivi de l’Équipe du dimanche c’était obligatoire pour moi. Au final, je n’ai pas UN journaliste modèle, influenceur mais j’ai été très influencé par Canal et leur façon de faire avec le football.
Nous arrivons à la fin de cette interview, encore merci pour le temps accordé par monsieur Pinet.



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