Qui peut (se) soigner en RDC ?
- Mike Tanzey
- 27 mars
- 3 min de lecture

Le 31 juillet 2024, le président de la République Démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, était en Belgique pour soigner une hernie discale, comme en 2022. Une situation qui l’a contraint à manquer, cette fois-ci, la commémoration du Génocost du 2 août.
Cela a suscité une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Certains reprochent à « Fatshi » son goût pour les déplacements, d’autres y voient un constat d’échec plus profond. Une question revient alors : comment le président d’un pays peut-il être contraint de changer de continent pour soigner une hernie discale ? Être en bonne santé au Congo serait-il intimement lié à la capacité de voyager ?
La République Démocratique du Congo compte environ 500 hôpitaux publics, dont près de 80 à Kinshasa. Une ville de plus de 17 millions d’habitants. Cela représente un ratio d’environ 955 habitants par lit. À titre de comparaison, en Île-de-France, avec ses 12,3 millions d’habitants, ce ratio est de 205 habitants par lit.
Concentrons-nous néanmoins sur les principaux établissements du pays. L’Hôpital Général de Référence de Kinshasa (HGRK), plus connu sous le nom « Mama Yemo », dispose d’environ 2000 lits et de 2500 employés. Les frais de consultation varient entre 5 000 et 10 000 francs congolais (soit environ 2,5 à 5 dollars). Les frais d’hospitalisation oscillent, eux, entre 10 000 et 50 000 francs congolais par jour, selon les services.
Même logique à Lubumbashi, avec l’Hôpital Provincial Général de Référence, qui dispose d’environ 700 lits. Les tarifs d’admission et d’hospitalisation restent globalement similaires.
D’autres structures viennent compléter ce paysage : l’Hôpital de Référence de la Police à Kinshasa (environ 500 lits), celui de Bukavu (400 lits) ou encore celui de Kisangani (300 lits). Sur le papier, la grille tarifaire est relativement homogène. Dans la réalité, elle l’est beaucoup moins.
À cela s’ajoutent les coûts liés aux maternités. Un accouchement normal peut coûter entre 50 000 et 100 000 francs congolais, tandis qu’une césarienne peut atteindre 300 000 francs. Et une règle demeure : tant que la facture n’est pas réglée, la sortie de l’hôpital est impossible.
Des failles structurelles profondes.
À Kinshasa et dans son agglomération, le constat est sans appel. Le manque de ressources frappe de plein fouet et condamne une partie de la population à se soigner dans des conditions précaires.
La pénurie de personnel médical est criante. Entre 500 et 1000 personnes sont diplômées en médecine chaque année. C’est peu. Trop peu. Mais la question demeure : à qui la faute ? Aux structures de formation ? À l’attractivité du métier ?
Un infirmier dans le public gagne entre 200 000 et 300 000 francs congolais par mois (soit environ 90 à 130 euros). Dans le privé, ce salaire peut monter jusqu’à 500 000

francs.
Pour les médecins, l’écart est tout aussi significatif. Un généraliste dans le public perçoit entre 500 000 et 1 000 000 de francs congolais, contre jusqu’à 2 000 000 dans le privé. Les spécialistes peuvent atteindre 3 000 000 francs dans certaines structures privées.
Dans ces conditions, difficile de retenir les talents.
Une confiance fragilisée.
À ces difficultés s’ajoute un manque régulier de médicaments et d’équipements médicaux modernes. De quoi nourrir une défiance croissante de la population envers

son propre système de santé.
Certaines personnalités tentent de combler ces manques. Fally Ipupa, par exemple, a offert une ambulance médicalisée via sa fondation. Un geste symbolique, mais révélateur.
En 2022, le budget alloué à la santé représentait environ 5 % du budget national, soit près de 1,5 milliard de dollars. Un montant insuffisant pour répondre aux besoins d’un pays de plus de 100 millions d’habitants, malgré une progression notable ces dernières années.
Une responsabilité politique posée.
Dès lors, une question s’impose : s’agit-il d’un manque de moyens ou d’un choix politique ?
Lorsque Félix Tshisekedi se rend à l’étranger pour se soigner, ressent-il un décalage avec la réalité des hôpitaux de son pays ? Le contraste est d’autant plus frappant qu’il dépasse le seul cadre de la santé, à l’image des infrastructures aéroportuaires de Kinshasa, souvent pointées du doigt.

La question n’est donc plus seulement médicale. Elle est politique. Et elle interroge directement la capacité d’un État à garantir à sa population un droit fondamental : celui de se soigner dignement.



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