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Le mépris des défenseurs.

  • Photo du rédacteur: Mike Tanzey
    Mike Tanzey
  • 27 mars
  • 4 min de lecture



Défendre n’est pas renoncer.


Dans un football dominé par l’obsession du spectacle et de la possession, défendre est souvent présenté comme une forme de renoncement. Comme si refuser l’attaque permanente revenait à trahir l’essence même du jeu.

Cette idée s’est progressivement imposée dans le débat footballistique. Les longues séquences de possession, la circulation rapide du ballon et les attaques placées seraient devenues la seule manière légitime de jouer. Tout le reste serait suspect.

Pourtant, certaines déclarations viennent rappeler que cette vision est loin d’être universelle.

En marge d’une demi-finale de Coupe du Roi face au FC Barcelone, Diego Simeone lançait en conférence de presse :« Le piège du hors-jeu ne fonctionnera pas contre nous car nous n’attaquerons pas. »

La phrase a fait sourire, parfois agacer.Elle résume pourtant parfaitement l’un des grands débats du football contemporain.

Car dans ce sport, attaquer n’est pas une obligation morale.C’est un choix tactique.

Et parfois, refuser de jouer haut ou de monopoliser le ballon est simplement la manière la plus rationnelle de gagner.


Toutes les écoles défendent.


Toutes les équipes défendent. Mais elles ne le font pas de la même manière.

Pep Guardiola, par exemple, défend avec le ballon. L’entraîneur catalan le résume souvent par une formule devenue célèbre : « Quand vous avez le ballon, c’est la meilleure manière de défendre. »

Jürgen Klopp privilégie une approche radicalement différente. Avec son gegenpressing, l’objectif est de récupérer immédiatement le ballon après l’avoir perdu. L’intensité collective devient alors l’arme défensive principale.



José Mourinho, lui, définit la défense comme une science de l’espace. Lors d’un entretien accordé à l’UEFA, il expliquait :« Quand vous avez le ballon, vous devez créer des espaces. Quand vous ne l’avez pas, vous devez les fermer. »

Ces approches diffèrent dans leur expression, mais elles reposent toutes sur une même réalité : défendre reste une structure fondamentale du jeu.

Même les équipes réputées les plus offensives consacrent une part essentielle de leur organisation à la protection des espaces.


Le "haram-ball", caricature facile.



Depuis quelques années, un terme s’est imposé sur les réseaux sociaux : le “haram-ball”.

Issu du mot arabe haram, qui signifie interdit ou péché, il désigne avec humour un football jugé excessivement défensif, fermé ou pragmatique. Les entraîneurs associés à cette étiquette sont souvent Massimiliano Allegri, Mikel Arteta ou Diego Simeone.

Mais derrière la plaisanterie se cache souvent un jugement esthétique.Celui qui consiste à considérer que défendre serait une forme inférieure de football.

L’histoire du jeu raconte pourtant l’inverse.

Dans les années 1930, Karl Rappan introduit une innovation tactique majeure : le libéro. Le système est ensuite développé en Italie, notamment par Nereo Rocco puis Alfredo Foni.

Mais c’est Helenio Herrera qui le porte à son apogée avec la Grande Inter :trois championnats d’Italie, deux Coupes d’Europe, deux Coupes intercontinentales.

Dans le football contemporain, cette philosophie trouve son incarnation la plus aboutie dans le “Cholismo” de Diego Simeone.

Organisation collective, discipline, intensité : un modèle qui a permis à l’Atlético de Madrid de s’imposer face à des géants économiques.


Les titres se construisent derrière.



Sir Alex Ferguson résumait cette réalité en une phrase devenue célèbre :« L’attaque vous fait gagner des matchs, la défense vous fait gagner des titres. »

Les faits lui donnent raison.

Le Chelsea de José Mourinho remporte la Premier League 2004-2005 avec seulement quinze buts encaissés en trente-huit matchs. Un record.

L’Espagne championne du monde en 2010 repose sur une base défensive exceptionnelle : deux buts encaissés en sept matchs.

La Juventus des années 2010, avec la BBC (Bonucci, Barzagli, Chiellini), domine l'Italie durant toute la décénnie. La Vieille Dame jouera deux finales de Ligue des Champions en 3 ans. Deux épopées malheureuses en 2015 et en 2017, perdues face à, respectivement, le FC Barcelone et le Real Madrid.

Dans tous ces cas, la défense n’est pas un repli. Elle est la fondation.


Quand défendre signifie aussi attaquer.


La défense moderne n’a plus grand-chose à voir avec celle du passé.

Aujourd’hui, les défenseurs participent pleinement à la construction et aux transitions. Le poste de latéral est devenu l’un des plus hybrides du football contemporain.


Achraf Hakimi en est l’un des exemples les plus marquants. Lors de la campagne de Ligue des champions remportée par le PSG en 2025, il inscrit quatre buts et délivre cinq passes décisives.

Jeremie Frimpong incarne lui aussi cette évolution. Avec le Bayer Leverkusen invaincu en 2023-2024, il termine la saison avec neuf buts et neuf passes décisives.

La défense n’a pas disparu. Elle s’est transformée.


L'élégance des défenseurs


Défendre ne consiste pas simplement à repousser un ballon.

C’est une mécanique collective exigeante : lecture du jeu, anticipation, coordination parfaite.

Le football a longtemps célébré ses artistes offensifs. Mais le jeu ne se résume pas à leurs gestes.


L’élégance d’un Alessandro Nesta dans l’anticipation, la sérénité d’un Thiago Silva dans le placement, la rigueur d’un Leonardo Bonucci dans la relance, l’autorité d’un Paolo Maldini ou la vision d’un Franz Beckenbauer racontent une autre forme de beauté.

Moins spectaculaire. Mais tout aussi essentielle.


Une vérité que le football oublie trop vite


Car si les premiers illuminent le jeu, les seconds lui donnent son équilibre.

Et sans équilibre, il n’y a pas de football.

Cet équilibre pourrait redevenir central dans les années à venir. Avec une Coupe du monde 2026 élargie à 48 équipes, de nombreuses sélections devraient privilégier l’organisation et la solidité défensive. Une réalité stratégique. Pas un renoncement.

Car dans ce sport, une chose reste constante :

Les équipes peuvent changer de style, de système ou de philosophie. Mais celles qui gagnent savent presque toujours défendre.

Le football continuera d’évoluer. Mais une vérité demeurera :

Il est souvent plus difficile et plus intelligent de gagner dix fois 1-0 qu’une seule fois 10-0.




 
 
 

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